L’été 2026 est marqué par des épisodes de canicule intenses et rapprochés, qui frappent durement les cultures et les élevages. Face à cette situation, les assureurs se sont mobilisés pour accélérer l’indemnisation des exploitants. Mais comment fonctionne réellement l’assurance récolte ? Qui indemnise quoi, à partir de quel niveau de pertes, et que faire quand la casse reste sous les seuils ? Voici le point complet sur un dispositif que beaucoup d’agriculteurs connaissent mal.
Après deux canicules en moins d'un mois, environ un tiers des agriculteurs assurés en multirisque climatique ont déjà déclaré un sinistre. Le dispositif d'assurance récolte repose sur 3 étages : l'agriculteur (aléas courants), l'assurance multirisque climatique subventionnée jusqu'à 70 % (aléas moyens), et l'Indemnité de solidarité nationale de l'État (aléas exceptionnels). L'ISN se déclenche à 50 % de pertes pour les grandes cultures et la viticulture, 30 % pour l'arboriculture et les prairies. Les assurés sont indemnisés à 100 % au-delà du seuil, les non-assurés bien moins. Le piège : beaucoup de pertes canicule restent sous les seuils.
Ce qui se passe : la canicule frappe les récoltes
L’été 2026 a connu deux épisodes caniculaires en moins d’un mois. Le changement climatique d’origine humaine a ajouté, selon les analyses scientifiques, entre 2 et 4 °C aux températures observées en Europe occidentale pendant ces épisodes. Résultat : des pertes de rendement sur les cultures et des pertes de bétail dans les élevages.
Concrètement, environ un tiers des agriculteurs disposant d’une assurance multirisque climatique sur récoltes ont d’ores et déjà déclaré un sinistre lié à ces canicules. Les grandes cultures, la viticulture, l’arboriculture et les prairies figurent parmi les productions les plus exposées à la chaleur et au manque d’eau.
Les assureurs se mobilisent
Face à l’ampleur des dégâts, la profession s’est organisée rapidement. Les assureurs concernés ont déployé leurs réseaux d’experts pour constituer au plus vite les dossiers d’indemnisation. Une première réunion s’est tenue le 1er juillet 2026 avec les ministères de l’Économie et de l’Agriculture pour définir les mesures d’accompagnement, une seconde étant prévue à la mi-juillet.
Florence Lustman, présidente de France Assureurs, a souligné la mobilisation de la profession pour accélérer l’indemnisation et soutenir les exploitants. L’enjeu : raccourcir les délais au moment où la trésorerie des exploitations est sous tension.
Comprendre l’assurance récolte : le système à 3 étages
Depuis la réforme entrée en vigueur le 1er janvier 2023, la gestion des risques climatiques en agriculture repose sur une architecture à trois niveaux. C’est la clé pour comprendre qui paie quoi.
Étage 1 : l’agriculteur (aléas courants)
Les petites pertes, fréquentes et de faible intensité, restent à la charge de l’exploitant. Pour les amortir, l’agriculteur peut utiliser la Dotation pour épargne de précaution (DEP), un outil fiscal qui permet de mettre de l’argent de côté les bonnes années.
Étage 2 : l’assurance multirisque climatique (aléas moyens)
C’est le contrat d’assurance récolte proprement dit. Il couvre les pertes causées par la sécheresse, l’excès de température, le coup de chaleur, le gel, la grêle, etc. Pour encourager les agriculteurs à s’assurer, l’État subventionne la prime jusqu’à 70 % (contre 62 % avant la réforme), avec une franchise subventionnable dès 20 %.
Étage 3 : l’Indemnité de solidarité nationale (aléas exceptionnels)
Au-delà d’un certain seuil de pertes, l’État intervient via l’ISN, financée par la solidarité nationale. Ce troisième étage prend le relais pour les catastrophes climatiques d’ampleur exceptionnelle.
Les seuils qui déclenchent l’indemnisation
C’est le point le plus concret pour un exploitant. Le seuil de déclenchement de l’ISN dépend de la filière :
| Filière | Seuil de pertes |
|---|---|
| Grandes cultures, cultures industrielles, légumes, viticulture | 50 % |
| Arboriculture, petits fruits, prairies, cultures spécialisées | 30 % |
Et le niveau d’indemnisation dépend fortement du fait d’être assuré ou non :
- Agriculteur assuré : la part des pertes au-delà du seuil est indemnisée à 100 % (90 % par l’État au titre de l’ISN, 10 % par l’assureur)
- Agriculteur non assuré : indemnisation dégressive et bien plus faible, autour de 31,5 % en 2026 (contre 35 % en 2025)
Autrement dit, à sinistre égal, un exploitant assuré est beaucoup mieux protégé qu’un non-assuré. C’est tout l’objet de la réforme : inciter à s’assurer. À noter : depuis 2024, les assureurs versent aussi l’ISN pour l’ensemble des prairies, y compris pour les exploitations non assurées.
La plupart des pertes de rendement liées aux canicules se situent en deçà des seuils d'indemnisation (elles réduisent le rendement de 10, 15 ou 20 % sans atteindre 30 ou 50 %). Ces pertes diffuses ne déclenchent ni l'ISN, ni parfois l'assurance, et sont absorbées directement par l'exploitant. D'où l'importance d'un contrat multirisque climatique bien calibré (niveau de franchise, cultures couvertes) et d'une épargne de précaution constituée en amont.
Que faire si vous êtes touché
Si votre exploitation subit des pertes liées à la canicule, quelques réflexes s’imposent :
- Déclarez rapidement le sinistre à votre assureur, dans les délais prévus au contrat (souvent quelques jours à compter de la constatation des dégâts).
- Documentez les pertes : photos, relevés, constats sur place, historique de rendement. L’expertise sera d’autant plus rapide.
- Sollicitez l’expert de votre assureur pour la constitution du dossier ISN si le seuil est susceptible d’être atteint.
- Pour les pertes sous le seuil, mobilisez votre Dotation pour épargne de précaution si vous en avez constitué une.
- Anticipez l’avenir : si vous n’êtes pas assuré, la campagne suivante est le moment de reconsidérer une multirisque climatique subventionnée, car les épisodes extrêmes se multiplient.
En résumé
- L’été 2026 et ses canicules ont déjà provoqué des déclarations de sinistre chez un tiers des agriculteurs assurés
- Le dispositif repose sur 3 étages : agriculteur, assurance multirisque climatique (subventionnée à 70 %), ISN de l’État
- L’ISN se déclenche à 50 % de pertes (grandes cultures, viticulture) ou 30 % (arboriculture, prairies)
- Les assurés sont indemnisés à 100 % au-delà du seuil, les non-assurés beaucoup moins
- Le vrai enjeu : les pertes sous le seuil, qui nécessitent un bon calibrage du contrat et une épargne de précaution
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