Le marché français de l’assurance construction traverse une période de tension profonde, et un événement vient de l’accentuer : le retrait de QBE France de l’assurance décennale, avec une sortie programmée d’ici fin 2026. Pour des milliers d’artisans, de bureaux d’études et d’entreprises du BTP, la question est concrète : que devient ma RC décennale, et que dois-je faire ? Voici le point complet, les conséquences réelles et les démarches à anticiper sans attendre.
QBE France se retire du marché de l'assurance construction, avec une sortie visée d'ici fin 2026, en commençant par les artisans de moins de 500 000 € de CA. Ce départ réduit encore un marché déjà concentré, ce qui se traduit par des délais de placement allongés, une sélectivité accrue et des hausses tarifaires sur les profils les plus exposés. Si vous êtes assuré chez QBE, le mot d'ordre est l'anticipation : faites replacer votre contrat plusieurs mois à l'avance pour éviter toute rupture de garantie sur une assurance obligatoire.
Ce qui se passe : le retrait de QBE expliqué
QBE France, présent depuis une vingtaine d’années sur le marché de la construction, a engagé son désengagement progressif de l’assurance décennale. Le mouvement s’est opéré en deux temps :
- Première étape (amorcée en 2025) : retrait de l’activité construction pour les artisans réalisant moins de 500 000 € de chiffre d’affaires, segment jugé peu rentable.
- Deuxième étape : un retrait élargi à l’ensemble du marché construction (bureaux d’études techniques, constructeurs de maisons individuelles, promoteurs, entreprises du BTP), avec un objectif de sortie du portefeuille d’ici fin 2026.
QBE présente officiellement cette décision comme un recentrage stratégique vers les grandes entreprises, les ETI et ses lignes de spécialité (dommages, risques financiers, cyber). Pour le marché, le signal est clair : un porteur de risque spécialiste de la construction, capable d’absorber du volume sur toute la chaîne des intervenants à l’acte de construire, disparaît.
Pourquoi les assureurs quittent la décennale
Ce retrait n’est pas un accident isolé. Il révèle une réalité économique documentée. En 2024, le résultat technique de l’assurance construction s’est établi à -827 millions d’euros, son plus mauvais niveau historique, et ce malgré la hausse des cotisations et un solde de réassurance favorable.
Plusieurs facteurs se conjuguent :
- Une sinistralité persistante et difficile à modéliser sur la durée (la décennale engage l’assureur pendant 10 ans)
- L’inflation des coûts de réparation (matériaux, main-d’œuvre)
- La récession du secteur du bâtiment
- L’accélération des risques climatiques
- Le durcissement des conditions de réassurance
Dans ce contexte, tout assureur qui n’a pas la taille critique pour absorber la volatilité long terme de la RCD est conduit à arbitrer en faveur d’un retrait. QBE n’est ni le premier ni, probablement, le dernier.
Les conséquences concrètes pour vous
Un marché plus concentré
La RC décennale des artisans et PME du BTP repose désormais sur un nombre limité d’acteurs : les groupes mutualistes (Covéa/MMA, Groupama, Maif/Maaf), quelques généralistes (AXA, Allianz, Generali) et des spécialistes de niche (MAF pour les architectes, SMABTP pour les entreprises du BTP, VHV). Moins de porteurs actifs, c’est mécaniquement moins de solutions.
Des délais et une sélectivité accrus
Avec moins d’assureurs sur le segment, la période de souscription devient un exercice contraint : exigences documentaires renforcées, sélectivité plus forte, délais de placement allongés. Ce qui se réglait en quelques jours peut désormais prendre plusieurs semaines.
Un effet prix sur les segments délaissés
Le bas de portefeuille, en particulier les artisans de moins de 500 000 € de CA et les jeunes entreprises, est le plus exposé. Ces profils risquent de se retrouver face à une offre réduite, assortie de hausses tarifaires significatives, voire d’un refus de couverture les orientant vers le Bureau Central de Tarification.
La décennale est obligatoire (article 1792 du Code civil). Travailler sans, ou laisser un trou entre deux contrats, vous expose à de lourdes sanctions et, surtout, à devoir réparer sur vos fonds propres un sinistre décennal qui peut dépasser plusieurs centaines de milliers d'euros. Le danger d'un retrait d'assureur n'est pas la coupure immédiate, mais le temps qu'il faut pour retrouver un repreneur dans un marché qui se resserre. D'où une règle simple : anticipez.
Que faire si vous êtes assuré chez QBE
Pas de panique, mais pas d’attentisme non plus. La marche à suivre :
- Vérifiez votre échéance et les courriers reçus de QBE concernant le retrait et le calendrier qui vous concerne.
- Lancez le replacement plusieurs mois à l’avance. Ne attendez pas la dernière minute : les délais de souscription se sont allongés.
- Faites jouer la concurrence sur les porteurs encore actifs sur votre activité et votre taille d’entreprise.
- Souscrivez le nouveau contrat d’abord, puis résiliez QBE à l’amiable en alignant les dates d’effet. Un assureur qui se retire accepte généralement une résiliation anticipée sans difficulté.
- Conservez la continuité de couverture : aucune journée sans décennale, surtout si vous avez des chantiers en cours.
Pour rappel sur le fonctionnement et les obligations de la garantie, consultez notre article de fond : la décennale artisan, obligation et choix selon le métier.
Et si aucun assureur ne vous accepte ?
C’est un risque réel pour les petits artisans, les activités jugées sensibles ou les entreprises récentes. Dans ce cas, le Bureau Central de Tarification (BCT) peut contraindre un assureur de votre choix à vous couvrir pour la décennale obligatoire, à un tarif qu’il fixe. La démarche demande un dossier solide (au moins un refus écrit d’un assureur), mais elle garantit que vous ne restiez pas sans cette assurance obligatoire.
Selon votre situation, d’autres solutions peuvent compléter le dispositif : une police chantier dédiée pour un projet ponctuel, ou une revue complète de votre RC Pro si vos activités ont évolué.
En résumé
Le retrait de QBE n’est pas une catastrophe si vous l’anticipez :
- QBE quitte la construction d’ici fin 2026, en commençant par les petits artisans
- Le marché se concentre : moins d’assureurs, plus de sélectivité, des délais plus longs
- Le risque n’est pas la coupure immédiate mais le temps de retrouver un repreneur
- Anticipez le replacement plusieurs mois à l’avance, sans rupture de garantie
- En cas de refus, le BCT reste votre filet de sécurité
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